ICI

On a marché un dimanche après-midi de mai tout autour de notre quartier. Il était reposé par le calme de ce léger printemps.

Ici je regarde en sortant de mon jardin cette ombre jetée sur les rosiers. Un dégradé de rose découpé par la géométrie du mur illuminé. La seule maison rose bonbon du paté de maison.

On a continué. En remontant notre petite rue, ici, cette maison à la fenêtre seule et obscure, on ne sait si elle est habitée. 

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Nous traversons, les rues se croisent, quelques voitures et toutes les lignes aussi. 

Nous nous éloignons. 

Une petite liberté, toute petite liberté de déplacement, dans un espace limité dont nous emparons cependant. C’est dimanche.

Et dans cet espace je flaire le moindre détail, la moindre lumière. Ici des boutons d’or de mon enfance. 

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Les maisons se suivent aux jardins désertés. Je scrute des traces de vie dans la douceur de ce quartier endormi.

La lumière se jette sur ces façades et me renvoie toute la solitude cachée derrière les rideaux et des volets mi-clos. Ici un drap me signale une vie, un ménage de printemps, un peu de mouvement.

Il se passe quelque chose ici? Un souffle? Une envie? 

Je ne dois plus attendre, ni espérer. Cette vie n’est pas la mienne alors nous continuons de marcher.

On observe encore ce quartier et ce monde assommé par le presque rien du moment. 

Nous marchons dans le vide.

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A l’opposé de nous. Ici un oiseau. Je l’attrape.

Je suspend ce vol, cette ombre furtive posée sur la façade de cette maison. Les fenêtres sont fermées. Des ombres peut-être à l’intérieur aussi.

J’attends et en même temps je crains qu’en prenant une photo de leur maison, un habitant ne surgisse pour me demander des explications.

 Mais personne ne surgit. Le seul élément vivant reste le ciel, le chant des oiseaux, quelques volutes de fumée. Un reste de feuilles séchées. 

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On attend, on entend au loin un grondement. Celui de notre vie qui nous attend au tournant.

 Celui d’un changement. On le sait, on le devine, on le connait. En retournant sur nos pas, notre maison s’approchant, cette promenade dominicale nous aura-t-elle au moins soulagé de ce poids? 

Cet entre-deux, ce chien et loup, cet instant suspendu, ce temps mort. Si pesant et si lent. Comme accroché aux griffes du temps. 

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Un silence, une non-réponse, posé au creux de notre vie. 

Mon regard se pose sur le jardin en friche, la porte close, la maison sans vie. La marque de cette morne pause, les marques d’un abandon. La main ne touche plus, il n’y a plus de prise sur rien.

Ainsi en sommes-nous là. Derrière nous des tranches de vie, du mouvement, des séismes et des lumières colorées. Aujourd’hui un horizon sec, neutre. La mer des Sargasses.

Nous arrêtons ici.

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